Vision de DRH sur la transformation digitale, le digital learning et les MOOC

Pascal Robert… où en sommes nous en entreprise ?

DRH

Pascal Robert, vous êtes DRH de GrandVision France, que pensez-vous de la migration, en cours dans les entreprises, des RH vers une culture plus digitale ?

Effectivement la transformation est massive : le digital introduit de nouveaux rapports sociaux qui reconfigurent la totalité des formes de coopérations dans l’entreprise. Un principe fort s’en dégage : la désintermédiation. Aujourd’hui l’entreprise n’intègre plus un salarié, mais un individu qui communique avec d’autres individus à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise… Le DRH d’aujourd’hui doit se préoccuper de la prise en compte de cette double articulation.
Il n’est donc plus possible de penser notre travail avec les outils, les démarches, les processus, qui fonctionnaient dans le passé…

Pascal RobertQuels sont les freins majeurs que vous observez (à GrandVision et ailleurs) et surtout les actions qui favorisent cette transformation ?

Il n’y a pas de freins techniques ou technologiques ; les difficultés de déploiement de projets digitaux, (salariés ou clients) n’existent pas réellement. Les obstacles sont plutôt d’ordre politique, et quasi toujours liés à une méconnaissance des bénéfices qu’apporte une transformation digitale, y compris sur le plan économique.

Par rapport aux autres entreprises, où en êtes-vous de l’appropriation du digital learning chez GrandVision ?

Nous utilisons le SIRH Sucess Factor que nous trouvons intéressant. Cela nous offre une plateforme LMS (Learning Management système) couplée à notre SIRH (Système d’Information de gestion des Ressources Humaines). Techniquement on a une très belle plateforme de gestion numérique de nos formations. Nous gérons 40 000 heures de formation (essentiellement en termes d’intégration). Le e-learning représente 15% de ces 40 000 h, et nous tendons vers 20%.
Pour répondre à votre question, je ne saurais pas me situer par rapport à d’autres entreprises (je ne sais pas ce qu’elles font) mais nous concernant, nous avons les moyens de bien gérer

Plus précisément, concernant la modalité des MOOC où en sont les réflexions chez GrandVision ?

Pascal RobertAujourd’hui, chez GrandVision, il n’y a ni MOOC, ni  COOC, ni communautés animées par un MOOC…
En revanche j’observe des utilisateurs de MOOC sur le lieu de travail.
C’est-à-dire, des salariés, qui cherchent de l’information, des savoirs, liés directement ou non à leur activité professionnelle.
Premièrement, c’est donc le développement d’une nouvelle pratique : celle d’une consommation de modules de formation concurrents à ceux proposés par l’entreprise et ce notamment au travers des MOOC. Même si pour l’instant, c’est peut-être plus particulièrement présent dans certains métiers (RH, Formation, Marketing…), cela renforce les questionnements sur le « sacro-saint » temps de travail et leurs perméabilités. « Ce que je fais au travail, je peux le faire à domicile/ Ce que je fais chez moi, je peux aussi le faire à mon travail » Ces pratiques renforcent l’idée de l’explosion des murs de l’entreprise et de l’interpénétration des différents temps (temps de travail/ temps où je délivre/ temps où j’apprends). C’est aussi vrai au niveau des lieux (le lieu où j’apprends, le lieu où je délivre, le lieu où je travaille… et le temps où je manage, le temps où j’apprends pour moi, pour mon entreprise…)
Le deuxième enseignement c’est que les collaborateurs sont en capacité de s’auto développer… ce qui pose une autre question …mais à quoi servent les RH, les managers, l’entreprise quand les salariés qui n’ayant reçu aucune directive, aucun salaire en plus, se mettent à apprendre tout seul ? !!! C’est incroyable 😉 !
On a donc bien des collaborateurs engagés, qui développent leurs compétences en dehors de toute organisation administrée. C’est très positif. Le management en rêvait, les collaborateurs le font … seuls.

Que faire de ça quand on est DRH et qu’on réfléchit à la transformation digitale ?

Pascal RobertQuand on a la certitude que nos collaborateurs sont en capacité seuls de pouvoir devenir plus performants, il faut organiser l’entreprise de telle sorte que ces moments puissent exister, être valorisés afin qu’ils puissent s’organiser comme bon leur semble. Ensuite il faut trouver une articulation entre ce que doit faire l’entreprise (administrer, gérer, piloter…) et la souplesse qui permet aux collaborateurs de trouver les bénéfices qu’eux entendent trouver (et non plus ceux que l’entreprise souhaite qu’ils trouvent). Sans forcément y assujettir une politique de rémunération qui viendrait dire « tu as fait ça, je te donne ça » parce que là on entrerait dans une politique contractuelle, qui n’a rien à voir avec l’esprit du digital. Cela viendrait détricoter cet engagement que chacun construit seul.
C’est bien lui qui vient avec une appétence particulière qui le conduit à accroître ses connaissances par le biais d’un MOOC par exemple. Si on institue ça comme un modèle, si on tente d’outiller avec de « vieille référence », on va à contre sens d’un schéma où le salarié trouve le chemin de son propre bénéfice sans qu’on lui dise quoi que ce soit… Maintenant,  reste à savoir comment tout cela peut s’intégrer aux objectifs collectifs ou pousser à définir autrement le rôle du management.

 

Dans le paysage et la perspective de développement des MOOC, SPOC & co, tel que vous le voyez aujourd’hui, quels sont, selon vous, les enjeux importants pour les entreprises ?

Pascal RobertLe premier point concerne les enjeux de développements commerciaux. C’est l’opportunité de repenser, dans le Retail, ce qu’est un lieu de vente digitalisé. Il intégrerait un lieu d’expérience pour l’usage d’un client, qui pourrait être complété du même type d’espace pour le collaborateur. Il pourrait partager cette expérience avec le client. Réussir la digitalisation d’un point de vente ce n’est donc pas simplement donner un ipad à tous les collaborateurs ! Par contre utiliser l’ipad pour nourrir un parcours clients/collaborateurs sur un usage concerté d’un produit optique par exemple… l’ipad devient médiation entre l’usage de mon client, l’usage du collaborateur et l’apprentissage que je peux avoir via du distanciel. Cela nourrit une relation de découverte mutuelle. Je pense à l’Apple store qui permet le partage d’un usage…

Le deuxième point concerne la diminution des coûts de la formation présentielle. C’est l’occasion de penser celle-ci non plus comme des moments précis dans une année, mais comme un développement en continu. On bénéficie effectivement avec les MOOC d’une possibilité d’adresser des modules courts et souples dans le temps.

Enfin, grâce au MOOC, dans le sens de votre explication du cMOOC, c’est à dire un savoir qui remonte du terrain, on pourrait très bien imaginer que les collaborateurs eux même constituent une communauté de savoirs à partager.
Evidemment cela pose la question de la formation de demain…

Donc pour reprendre, c’est offrir la possibilité d’une expérience utilisateur/collaborateur mieux prise en compte, c’est  multiplier la souplesse d’apprentissages vivants et actualisés en continu, et enfin c’est inverser la tendance « top down » (descendant) pour aller vers des savoirs bottom up (ascendant). Les enjeux sont donc ceux de l’apprentissage, et de la réappropriation par le collaborateur d’un savoir qu’il est cadre faite mooclui seul capable de mettre en œuvre

A titre personnel, avez vous eu l’occasion de réaliser des MOOC ?

Je suis utilisateurs de webinaires…mais n’ai pas encore eu l’occasion de participer à un MOOC…

Question subsidiaire :
Toujours à titre personnel, un DRH, ça évolue, quels sont vos projets Pascal Robert ?

rechercheLes transformations du monde sont tellement profondes et vont tellement vite que je crois que si le DRH n’est pas en mesure de se tenir au fait des tendances sociales, informationnelles, de tout ce que portent ces nouvelles façons de coopérer…il passe à côté des enjeux de la DRH et de la façon dont se nouent désormais les relations au travail entre salariés. Celui-ci n’est pas juste un collaborateur-salarié, c’est un individu qui vit dans une communauté, qui vit avec des pratiques…et fait évoluer des usages.

Donc, pour moi s’ouvrir tout le temps est essentiel… c’est pour ça que je démarre un projet de recherche qui va me permettre d’explorer comment ces sujets de transformations numériques feront évoluer les pratiques de la DRH en matière d’évaluation/recrutement/rémunération/mobilité …)…

 

Pour finir quels conseils, recommandations en matière de transfo-digitale, de digital learning ou de MOOC, aimeriez adresser aux lecteurs du blog miss-mooc.paris ?

Pascal RobertJe pense qu’on ne peut pas forcer la digitalisation d’une entreprise. La première étape doit procéder par l’observation de ce que les usages numériques des collaborateurs sont en train de faire de l’entreprise. Plutôt que de se lancer dans l’accompagnement systématique de la transformation digitale des comportements, pas adaptée à toute entreprise, il serait plus pertinent de démarrer par la simple compréhension des formes de coopération informationnelle que les collaborateurs mettent en place…et de s’interroger simultanément aux problèmes de coordination que cette digitalisation résout. C’est singulier dans chaque entreprise !
Mon deuxième conseil est, si la finalité de l’entreprise est bien de développer l’intelligence collective, une démarche plus connectée et concertée…cela passe par un projet GLOBAL d’entreprise (non par un projet porté par une direction particulière ;  marketing, RH…).
Et là, cela implique une reconfiguration des schémas décisionnels, des modes de gouvernance, autour de ces nouveaux modes de coopération.

Il s’agit donc bien d’aborder les choses non pas par des outils, mais par le projet global de l’entreprise pour voir ce qui va venir le servir…

merci

 

Pascal Robert un grand merci d’avoir joué le jeu de l’interview, et surtout, de partager avec d’autres votre vision de DRH d’aujourd’hui. C’est comme cela que l’on fait avancer les choses …

sac Miss MOOC

Miss MOOC

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2 réflexions sur “Vision de DRH sur la transformation digitale, le digital learning et les MOOC

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